Cinq manières de vivre Singapour
http://www.lesechos.fr/luxe/loisirs-voyages/300374575-cinq-manieres-de-vivre-singapour.htm
[ 11/09/09 - Série Limitée N° 076 ]La cité-État n'est pas qu'un hub... et sous son hygiénisme forcené, vit plus qu'on ne le croit...
1 - En mode planant
Singapour, c'est Ithaque : ce qui compte, c'est d'y arriver. Et dans le genre odyssée aérienne, l'A380 se pose là. Comme Pénélope, on l'a attendu longtemps. On n'est pas déçu par le premier appareil posé sur le tarmac parisien, griffé Singapore Airlines. Il est la métonymie de la ville : rien ne semble se passer - le silence de l'aéronef est impressionnant - et pourtant, cela bouge ; on est nombreux (471 passagers tout de même), mais on a l'impression d'y être seul. C'est vrai dans les douze suites (logique, ces super premières sont de vraies cabines), en Affaires (avec ses lits - et son caviar !) mais également, en classe économique et économique plus, la cabine étant modulée en plusieurs espaces... On les quitte à regret mais serein : la Singapore girl, hôtesse mythique, sera là au retour. En vraie Pénélope.2- En mode " la crise ? quelle crise ? "
Ici, la seule crise qui vaut la peine d'être vécue est celle des taï taï ladies - hypra fashionistas d'origine chinoise - face à la queue devant Louis Vuitton, première enseigne à ouvrir au Ion, le dernier mall de luxe d'Orchard Road. L'inflation sur cette artère de légende ? Celle des centres commerciaux poussant à coups de centaines de millions de dollars. Logique, le shopping est un sport national. Surtout le week-end quand les masses se mêlent aux taï taï girls. Chacun trouve son bonheur, Saint Laurent côtoyant Celio, et H & M, Gucci : la démocratie consumériste est ici un dogme. Pas infaillible pourtant : après leur razzia Monogramée, les taï taï girls se retrouvent entre elles pour le high tea dans le lobby du Fullerton, ancienne poste coloniale, transformée en hôtel superstar, à la mode feng shui (on adore les 88 carpes du bassin). Autour, on construit à tout va nouveaux quartiers d'affaires, casino géant made in Vegas et urban resorts intégrés tout en plantant le nouveau jardin botanique... Des myriades de grues barrent l'horizon du détroit de Malacca sans dégager aucune poussière. Pas plus que le port et son armée de containers constituant le jeu de legos le plus clean du monde : la propreté n'est pas une obsession sur l'île. C'est une religion.3 - En mode communautariste post-moderne
Ne pas écouter l'Astérix en Helvétie sommeillant en chacun d'entre nous face à l'immaculé technicolor de Chinatown, Little India ou Arab Street... Oser le pas de côté : rejoindre par les back alleys, le wet market de Chinatown, où les vieux Chinois jouent le dimanche aux échecs en fumant ; tenter l'aventure de Mustafa, BHV XXL version Bollywood (ouvert 24 heures sur 24, 5, Verdun Road). Croire aussi au grand melting pot local, incarné par la culture peranakan (et son joli musée, www.peranakanmuseum.sg). Mais constater que comme partout, les communautés sont autant sociologiques qu'ethniques. Meilleur terrain d'observation ? Dempsey Hill, repaire bobo local : dans un environnement forcément vert, cet ensemble d'anciens baraquements de l'armée abrite bars hype (le PS Café), spa new age (House, www.dempseyhouse), épicerie healthy version antipodes (Jones the grocer), galeries éphémères. L'avantage ? Une mixité plus vraie qu'à Dorchester Park, quartier de bungalows XXL transformés en restaurants, plus marqué par la présence d'expat's : leurs mines un peu sombres ces temps-ci, peuvent donner le bourdon.4 - En mode vert un jour, vert toujours
Daniel Cohn-Bendit, réveille toi ! Lee Kwan-Yew est ton maître. Dès 1965, le mythique Premier ministre de Singapour créa deux concepts en un : la ville jardin et la main de fer dans un gant de jardinier. Résultat ? La nature shootée aux latitudes équatoriales ne cesse de s'étendre. Tout en étant domptée : en chaque Singapourien sommeille une baronne de Rothschild découvrant pour la première fois et avec un brin d'effroi une feuille morte dans les allées de Ferrières... Alors, on a goudronné (joliment) les allées du jardin botanique et de son épatant jardin des orchidées et les chemins de départ des treks dans l'un des 300 parcs nationaux de l'île. Ne pas hésiter à y tenter l'aventure de la jungle (se renseigner sur www.nparks.gov.sg). À savoir : le dress code du randonneur singapourien - " short, marcel, casquette, baskets, gourde et sac à dos " - donne un air d'amateur au marathonien new-yorkais. Autre expérience de nature domestiquée : le zoo et son alter ego nocturne, le night safari. Il vaut plus que le coup d'oeil : sur le petit tram qui conduit de tigre en lion, la gentille hôtesse a le bagout de Pierre Bellemare et le flegme de Claire Chazal pour évoquer les espèces menacées (www.nightsafari.com.sg). Bien plus palpitant que Sentosa, île-plage en pleine dérive parc d'attraction... À éviter si l'on a plus de douze ans ou si l'on est pas un brin nostalgique du Prisonnier, version Club Mickey. Quitte à changer d'île, autant tenter la paisible Pulau Ubin. Seul risque, le face-à-face avec une feuille morte...5 - En mode " La nostalgie est toujours ce qu'elle était... "
C'est tôt le matin qu'il faut se recueillir, sur les bords de la rivière, là où, le fondateur de la ville, Sir Stamford Raffles arriva en 1819 : autour, l'ancien Parlement, le Victoria Theatre et l'épatant Musée des civilisations asiatiques (ouvert tous les jours, www.acn.org.sg, 1, Empress Place) flottent sur cet îlot blanc. Pousser jusqu'au Padang, immense lawn caractéristique de l'urbanisme impérial britannique ; passer devant le Cricket club, la Cour Suprême, le city hall. Laisser la ville s'étirer. Tout doucement, se retirer. Au Raffles par exemple. Y aller de toute manière même si l'on n'y réside pas. Attendre alors l'heure du high tea au Tiffin ou du Million dollar cocktail au Writer's Bar (fuir le Long bar et ses hordes de shorts goûtant le Singapore Sling). Alors, les oiseaux pépient dans le lobby, le piano résonne d'une mélodie de Noël Coward. Penser au conseil de Rudyard Kipling : " When at Raffles, why not visit Singapore ? " (" Quand on est au Raffles, pourquoi ne pas visiter Singapour ? "). Et conclure que Rudyard n'avait pas forcément tort.GILLES DENIS
Maintenant, mes commentaires :
- Cet article a été écrit par quelqu’un qui visiblement n’a jamais vécu à Singapour, tellement on dirait une plaquette pour un guide du routard bobo.
- Ne cherchez pas Mustafa sur Verdun road, l’entrée principale se trouve Sayed Alwi road, près de Serangoon road.
- Pour ceux qui croient faire branchés quand ils utilisent des mots d’anglais en français, jetez donc un coup d’œil dans un dictionnaire ! Hype signifie “gonflage publicitaire”, alors que “branché” se dit hip (à prononcer comme dans hip-hop).
- Dorchester Park n’existe pas à Singapour. L’auteur faisait sans doute référence à Rochester Park (vous êtes mal tombé monsieur Denis, je travaille juste en face !)
- Pulau Ubin ? Paisible, certainement, mais également beaucoup plus que les nuits suivantes que vous passerez à vous gratter les boutons de moustique… Contrairement à Singapour, cette ile est assez peu fumigée (voire pas du tout ?), et la concentration de moustiques est impressionnante (ou peut-être tout simplement naturelle dans un pays équatorial…)
- “"Quand on est au Raffles, pourquoi ne pas visiter Singapour ?"). Et conclure que Rudyard n'avait pas forcément tort.” Je trouve cette citation tellement représentative de l’état d’esprit général des occidentaux à Singapour (moi inclus) : on y vient d’abord pour le boulot, puis on visite les iles et pays entourant Singapour les uns après les autres, et finalement le jour ou on quitte le pays, on n’a rien vu de Singapour (à part ses galeries commerçantes – shopping malls).
- Je rajouterai enfin deux modes qui ont été oubliés : 6) le mode expat tous frais payés : maison avec piscine, 4x4 urbain, école des enfants au lycée français, 5 semaines de vacances à la française, billets d’avions pour rentrer en France pour les vacances, assurance santé couvrant toute la famille, retraite, chômage. Dans ce mode-là, on traîne effectivement dans les quartiers “hype” de monsieur Denis. 7) le mode galère contrat local : serrage de ceinture suite à la crise, au coût exorbitant de l’immobilier et des véhicules (une Peugeot 107 neuve qui coûte environ 9,000 euros en France en vaut 25,000 à Singapour ; Une Toyota Corolla qui vaut dans les 9,000 euros en France en vaut 18,000 à Singapour) pas de retraite, pas de chômage, pas de couverture maladie. Dans ce mode-là, on mange dans les food courts (pas cher – on y mange pour moins de 3 euros - mais déconseillé par les médecins Singapouriens tellement c’est malsain), on mets des heures pour aller de A à B en bus et MRT (métro de Singapour), on calcule combien ca va coûter avant d’aller chez le médecin ou le dentiste, et on finit par détester les riches chinois qui friment en Ferrari et n’en finissent pas d’étaler leur richesse aux yeux des autres. Ça monsieur Denis, c’est le quotidien de la majorité de mes amis, qui ne sont ni immigrés Bangladeshis, ni stagiaires ou VIE.
Les fils-à-Papa de Singapour qui paradent sur Orchard Road avec leur Ferraris.
Un des nombreux food courts de Singapour, aussi connus sous le nom de Hawker Centres.
Ouvriers immigrés (Foreign workers) en train de déjeuner.
Un grand nombre d’entre eux viennent du Bangladesh
et vivent tassés dans des dortoirs insalubres à la périphérie de l’ile.
On les déplace comme du bétail, à l’arrière de camions de chantier.

1 commentaire:
En lisant l'article, je me suis dit "mais c'est pas possible? C'est Xav qui écrit ça? Mais c'est n'importe quoi!!" (notamment sur la propreté religion....). Je suis rassurée en voyant que c'est pas de toi et en lisant tes commentaires! ;)
Zulie
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