La Corée du Sud choisit la droite pour se relancer
LE MONDE | 20.12.07 | 14h23 • Mis à jour le 20.12.07 | 14h23
SÉOUL ENVOYÉ SPÉCIAL
Pour un anniversaire, difficile de rêver plus original que d'être élu à la présidence d'un pays. C'est pourtant ce qui est arrivé à Lee Myung-bak, 66 ans, vainqueur, mercredi 19 décembre, de l'élection présidentielle en Corée du Sud. L'accession de ce chef de file du camp conservateur à la Maison Bleue - la présidence sud-coréenne - signe l'aboutissement d'une carrière marquée par ses succès au sein du conglomérat (chaebol) Hyundai et une vie politique qui l'a vu diriger la mairie de Séoul où il a témoigné d'une volonté à toute épreuve.
Presbytérien profondément croyant, marié et père de cinq enfants, le candidat du Grand Parti national (GPN) a été élu avec 48,7 % des suffrages, plus de 20 points d'avance sur son principal adversaire de centre-gauche, Chung Dong-young. En ramenant les conservateurs au pouvoir, il met fin à dix années de gouvernement de gauche.
M. Lee arrive à la Maison Bleue au terme d'une campagne qui n'a pas passionné les foules et qui reste marquée par l'affaire BBK, une société de conseil. Une commission d'enquête parlementaire a été créée le 17 décembre pour déterminer si M. Lee a réellement dirigé cette société de conseil en investissements et s'il a bénéficié des malversations de son ancien partenaire Kim Kyung-joon, aujourd'hui incarcéré.
Devenu, comme il le dit lui-même, "PDG de la Corée du Sud", M. Lee ambitionne de revitaliser l'économie au travers de réductions d'impôt, d'amélioration du fonctionnement des services publics, d'une plus grande flexibilité de l'emploi. Il veut ainsi remplir les objectifs de son "plan 747", à savoir 7 % de croissance annuelle, un revenu par tête à 40 000 dollars et une économie coréenne en septième position mondiale.

"UN HOMME DU PASSÉ"
Sa large victoire vient couronner une trajectoire personnelle qui a déjà valeur de mythe pour bien des Coréens. La télévision a réalisé, dans les années 1990, deux séries télévisées sur son ascension rapide à la présidence de Hyundai Engineering. M. Lee s'y décrit lui comme "le self-made man par excellence", le symbole de l'époque - des années 1960 aux années 1990 - où la Corée du Sud jouissait d'une croissance annuelle à deux chiffres.
Cette image a séduit l'électeur sud-coréen, confronté à des difficultés économiques et sociales grandissantes. Son porte-parole, Park Heong-joon, apprécie chez M. Lee le "goût du défi", sa force de travail et son désir de "rendre possible ce qui paraît impossible". Yim Sung-bin, un de ses conseillers en relations internationales, salue un pragmatisme qui lui permet de "s'adapter sans être prisonnier des idéologies".
Lee Myung-bak est né à Osaka, au Japon, en 1941, quand la Corée était encore colonie nippone. Son père travaillait dans une ferme d'élevage. Il retourne dans la péninsule avec sa famille en 1945 mais le naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué fait perdre aux Lee tous leurs biens. Installée à Pohang, dans le sud de la Corée, la famille vit pauvrement.
Le futur président travaille sur les marchés pour payer ses cours du soir. Plus tard, à Séoul, il ramasse les ordures pour régler ses frais d'inscription à la prestigieuse Université de Corée, où il étudie le commerce. Il s'initie alors à la politique, passe quatre mois en prison pour avoir manifesté contre la normalisation des relations de entre la Corée du Sud et le Japon.
Il est embauché chez Hyundai en 1965. A 36 ans, il accède au poste de PDG de Hyundai Engineering, la filiale construction du conglomérat. Il quitte le chaebol en 1992 pour se lancer en politique. En 2002, Lee Myung-bak accède à la mairie de Séoul. Sa réussite la plus spectaculaire reste le projet Cheonggyecheon, une promenade de 6,5 km le long d'une rivière coulant au coeur de la capitale et recouverte d'une autoroute pendant quarante ans.
Son accession à la tête du pays prolonge donc le mythe. Mais le réel, l'enquête sur l'affaire BBK, pourrait troubler son début de mandat et pénaliser le GPN aux élections législatives d'avril 2008. Et puis, comme le fait remarquer un observateur, "il a été élu parce qu'il incarne une époque dorée, mais la Corée d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a vingt ans". Porté notamment par l'espoir de retour à des temps révolus, il reste, aux yeux de ses opposants, "un homme du passé".
Philippe Mesmer
Article paru dans l'édition du 21.12.07.
SÉOUL ENVOYÉ SPÉCIAL
Pour un anniversaire, difficile de rêver plus original que d'être élu à la présidence d'un pays. C'est pourtant ce qui est arrivé à Lee Myung-bak, 66 ans, vainqueur, mercredi 19 décembre, de l'élection présidentielle en Corée du Sud. L'accession de ce chef de file du camp conservateur à la Maison Bleue - la présidence sud-coréenne - signe l'aboutissement d'une carrière marquée par ses succès au sein du conglomérat (chaebol) Hyundai et une vie politique qui l'a vu diriger la mairie de Séoul où il a témoigné d'une volonté à toute épreuve.
Presbytérien profondément croyant, marié et père de cinq enfants, le candidat du Grand Parti national (GPN) a été élu avec 48,7 % des suffrages, plus de 20 points d'avance sur son principal adversaire de centre-gauche, Chung Dong-young. En ramenant les conservateurs au pouvoir, il met fin à dix années de gouvernement de gauche.
M. Lee arrive à la Maison Bleue au terme d'une campagne qui n'a pas passionné les foules et qui reste marquée par l'affaire BBK, une société de conseil. Une commission d'enquête parlementaire a été créée le 17 décembre pour déterminer si M. Lee a réellement dirigé cette société de conseil en investissements et s'il a bénéficié des malversations de son ancien partenaire Kim Kyung-joon, aujourd'hui incarcéré.
Devenu, comme il le dit lui-même, "PDG de la Corée du Sud", M. Lee ambitionne de revitaliser l'économie au travers de réductions d'impôt, d'amélioration du fonctionnement des services publics, d'une plus grande flexibilité de l'emploi. Il veut ainsi remplir les objectifs de son "plan 747", à savoir 7 % de croissance annuelle, un revenu par tête à 40 000 dollars et une économie coréenne en septième position mondiale.

"UN HOMME DU PASSÉ"
Sa large victoire vient couronner une trajectoire personnelle qui a déjà valeur de mythe pour bien des Coréens. La télévision a réalisé, dans les années 1990, deux séries télévisées sur son ascension rapide à la présidence de Hyundai Engineering. M. Lee s'y décrit lui comme "le self-made man par excellence", le symbole de l'époque - des années 1960 aux années 1990 - où la Corée du Sud jouissait d'une croissance annuelle à deux chiffres.
Cette image a séduit l'électeur sud-coréen, confronté à des difficultés économiques et sociales grandissantes. Son porte-parole, Park Heong-joon, apprécie chez M. Lee le "goût du défi", sa force de travail et son désir de "rendre possible ce qui paraît impossible". Yim Sung-bin, un de ses conseillers en relations internationales, salue un pragmatisme qui lui permet de "s'adapter sans être prisonnier des idéologies".
Lee Myung-bak est né à Osaka, au Japon, en 1941, quand la Corée était encore colonie nippone. Son père travaillait dans une ferme d'élevage. Il retourne dans la péninsule avec sa famille en 1945 mais le naufrage du navire sur lequel ils ont embarqué fait perdre aux Lee tous leurs biens. Installée à Pohang, dans le sud de la Corée, la famille vit pauvrement.
Le futur président travaille sur les marchés pour payer ses cours du soir. Plus tard, à Séoul, il ramasse les ordures pour régler ses frais d'inscription à la prestigieuse Université de Corée, où il étudie le commerce. Il s'initie alors à la politique, passe quatre mois en prison pour avoir manifesté contre la normalisation des relations de entre la Corée du Sud et le Japon.
Il est embauché chez Hyundai en 1965. A 36 ans, il accède au poste de PDG de Hyundai Engineering, la filiale construction du conglomérat. Il quitte le chaebol en 1992 pour se lancer en politique. En 2002, Lee Myung-bak accède à la mairie de Séoul. Sa réussite la plus spectaculaire reste le projet Cheonggyecheon, une promenade de 6,5 km le long d'une rivière coulant au coeur de la capitale et recouverte d'une autoroute pendant quarante ans.
Son accession à la tête du pays prolonge donc le mythe. Mais le réel, l'enquête sur l'affaire BBK, pourrait troubler son début de mandat et pénaliser le GPN aux élections législatives d'avril 2008. Et puis, comme le fait remarquer un observateur, "il a été élu parce qu'il incarne une époque dorée, mais la Corée d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a vingt ans". Porté notamment par l'espoir de retour à des temps révolus, il reste, aux yeux de ses opposants, "un homme du passé".
Philippe Mesmer
Article paru dans l'édition du 21.12.07.
