mercredi, avril 11, 2007

Vent pop en Corée du Nord


La déferlante de la culture pop sud-coréenne sur l'Asie éclabousse la Corée du Nord. Plus facile à accepter que celle en provenance des Etats-Unis ou du Japon dans des pays marqués par la mémoire du colonialisme nippon ou un antiaméricanisme latent, elle influence les modes vestimentaires et les coiffures des jeunes générations, du Vietnam à la Chine.

Désormais, selon des réfugiés arrivés en Corée du Sud, même la jeunesse de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) n'est pas exempte de cette fascination. Selon une enquête du centre d'accueil Hanawon, à Séoul, où les réfugiés du Nord passent quelques mois d'adaptation à la vie au Sud, un nombre croissant de vidéos et CD sud-coréens ou chinois entrent désormais en RPDC.

Les feuilletons sud-coréens, dont beaucoup sont désormais coproduits en Chine, sont vendus clandestinement sur les marchés. Ils circulent surtout parmi les étudiants des grandes universités de Pyongyang et ceux qui disposent d'un ordinateur en font des copies pour leurs amis.

Les autorités se préoccupent de cette "contamination psychologique" par le "vent du Sud". Elles sont moins confrontées au risque d'une dissidence politique qu'à une infiltration plus pernicieuse : cette demande d'images et de musiques reflétant des modes de vie chinois et sud-coréens différents des leurs mais qui sont aussi, paradoxalement, proches culturellement, passe par les enfants des élites.

Par les valeurs qu'ils véhiculent, ces téléfilms ont de fortes connotations culturelles asiatiques, de matrice confucéenne, dans lesquelles les jeunes Coréens du Nord peuvent aussi se reconnaître : socialiste, le régime nord-coréen a nourri son idéologie de valeurs ancestrales pour incarner une identité nationale qui fait sa force plus que le marxisme-léninisme.

Une équipe spéciale d'inspecteurs de l'Agence de sécurité publique a été mise sur pied pour éradiquer ces germes du capitalisme. Les parents ont le choix entre "dédommager" les inspecteurs ou "quelques mois en camp de rééducation". Les trafiquants sont plus durement punis.



Philippe Pons

Article paru dans l'édition du Monde du 11.04.07.

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