mercredi, juillet 12, 2006

La chronique Asie de RFI : Corée du Sud : vers une alternance féminine ?

Tire du billet de France-Coreee N°91 du 5 juillet 2006

En raflant deux tiers des sièges municipaux ou provinciaux, le Grand Parti national (GNP) d’opposition fait un retour en force sur la scène politique sud-coréenne. Le résultat du scrutin est un véritable camouflet pour le parti URI, au pouvoir. Mais il est surtout une défaite personnelle pour le président Roh Moo-hyun, dont la popularité est au plus bas à un an de la fin de son mandat. La victoire éclatante du GNP est aussi celle d’une héritière politique qui veut sa place au soleil. En effet, à l’origine de ce succès on trouve Park Geun-hye, la dirigeante du parti conservateur. Après avoir été poignardée par un ancien prisonnier au chômage pendant la campagne électorale, cette femme volontariste et ambitieuse a vu sa popularité s’accroître au point d’être plébiscitée par les électeurs. La fille de l’ancien président Park Chung-hee sera sans doute un candidat redoutable lors de l’élection présidentielle de 2007.

Même si ce scrutin ne doit élire que neuf gouverneurs provinciaux, sept maires et environ 3 000 membres des conseils municipaux, il est perçu par les sud-coréens comme un test politique avant le choix fondamental de l’année prochaine. La grande surprise est venue cependant de la performance de Park Geun-hye. La politique a toujours été l’apanage des hommes en Corée du Sud où les femmes sont essentiellement cantonnées à la sphère domestique. Cette tendance est renforcée par la persistance des valeurs du confucianisme et par le fait que le monde des affaires est surtout masculin. Les municipalités et l’Assemblée nationale ne comptent guère qu’une poignée d’élues. Au Parlement, par exemple, ne siègent que 16 élues sur 273 députés. Et les partis politiques sont très fermés car ils sont structurés autour de quelques personnalités clés et de nombreux chefs intermédiaires. En Corée du Sud trois grands obstacles empêchent les femmes d’être mieux représentées dans les structures politiques : une culture masculine très ancrée, l’existence de réseaux traditionnels de relations entre les hommes et le problème du financement des campagnes électorales.
Park Geun-hye aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? Tout va dépendre maintenant des leçons que le parti URI voudra bien tirer de ce scrutin. Chung Dong-yong, son président, portera sans doute le chapeau de la défaite. Par conséquent, ses chances d’être candidat l’année prochaine sont minces. Or, le parti URI ne dispose pas pour le moment d’un homme politique suffisamment fort pour se mesurer à la dirigeante du GNP. En outre, si d’autres scandales de corruption comme celui de Hyundai Motors venaient à éclater, l’opposition conservatrice aurait de bonnes chances de remporter l’élection présidentielle l’année prochaine.
Any BOURRIER

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