mercredi, mars 28, 2007

Pékin veut "civiliser" ses citoyens pour les JO


A cinq cents jours du début des Jeux olympiques de Pékin (8-24 août 2008), la municipalité de l'une des villes les plus polluées de la planète vient d'annoncer une série de mesures destinées à améliorer la qualité de l'air durant les épreuves. La mairie a également lancé des campagnes pour "civiliser" les comportements d'habitants réputés pour leur propension à cracher, se bousculer pour rentrer dans les bus et insulter l'adversaire durant les compétitions sportives.

Sur le front de l'environnement, Pékin affirme avoir pris plusieurs décisions afin de lutter contre la pollution : l'aciérie de Shougang, considérée comme l'un des plus gros pollueurs de la capitale, doit dès cette année réduire sa production. Durant les Jeux, elle devrait tourner à faible capacité. Dans une ville où de mille à deux mille véhicules gonflent chaque jour un peu plus le parc automobile, les responsables du bureau de la protection de l'environnement ont, en 2006, retiré de la circulation 15 000 taxis et 3 000 bus considérés comme particulièrement polluants.

Dans le cadre de cette campagne, les citoyens sont fortement encouragés à pratiquer la délation et à dénoncer les émetteurs les plus dangereux de gaz carbonique, dans les rues ou sur les chantiers de construction : 2 302 rapports ont été enregistrés en 2006. Les "dénonciateurs" dont les accusations s'avèrent fondées reçoivent en échange une prime parfois substantielle.

Ainsi de ce courageux retraité - cité par l'agence de presse Chine nouvelle - qui vient d'empocher une prime d'environ 1 600 euros en remportant la médaille d'or de la délation écologique 2006.

Le monde aura les yeux rivés sur Pékin dans cinq cents jours et la municipalité s'est lancée dans une autre entreprise difficile, consistant à transformer le comportement des citoyens. Intitulée "Accueillir les Jeux olympiques, faire preuve de respect et forger de nouvelles moeurs", une autre campagne vise, depuis le 11 mars, à éduquer les habitants au regard des questions de politesse et de civilité.

GUERRE AU CRACHAT

Trois millions d'exemplaires d'un Manuel du citoyen sur le civisme et le respect sont sous presse. On recommande, entre autres, aux usagers de faire sagement la queue en montant dans les bus où une sorte de "police" de la politesse sera bientôt forte de 4 000 fonctionnaires destinés à tancer le contrevenant dans les transports en commun. En parallèle, les autorités municipales ont déclaré la guerre au crachat, une bataille qui n'est pas prête d'être gagnée, mais dont l'un des premiers hauts faits sera de mettre en place des sacs en plastique destinés à la réception de "crachats civilisés", gracieuse expression formulée par les responsables. Et dans les quartiers, certains chefs des comités populaires ont organisé des spectacles où la population est invitée à mimer des acteurs jouant à l'occidentale et décrivant les façons de se saluer dans l'Occident lointain.

Depuis quelques années, la chasse aux "ventres nus" des hommes qui ont pour habitude de relever leur chemise pour s'aérer dans la touffeur de l'été, a par ailleurs été déclarée dans certains quartiers touristiques du centre. Avec des résultats mitigés... Le vice-maire de la ville s'est également ému des insultes typiquement pékinoises proférées durant des compétitions. Après la finale de la Coupe d'Asie de football 2004 perdue par la Chine face au Japon, des incidents violents provoqués par des supporteurs chinois contre des visiteurs nippons avaient même failli dégénérer devant le "stade des travailleurs", en plein centre-ville.

La connaissance des langues étrangères étant encore une denrée rare, des cours gratuits d'anglais sont également organisés, depuis 2003, pour tous ceux qui souhaitent pouvoir communiquer avec le visiteur venu assister aux JO. Mais les spécialistes de la langue de Shakespeare au pays du Milieu vont avoir fort à faire, notamment pour essayer de corriger les multiples fautes de traduction de certains panneaux d'information des rues de Pékin rédigés en anglais.

Entre autres exemples relevés par des étudiants chargés d'une enquête à ce sujet : "préserver la couleur verte" pour inciter à protéger les espaces verts.




Bruno Philip

Article paru dans l'édition du 28.03.07.

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